Mal au nombril

Quand j’ai ouvert il y a plus de deux ans ce blog, j’avais annoncé qu’il serait fait de bric et de broc, à l’instar du site « racine » né dix ans plus tôt et lui-même joyeusement bordélique. Je n’avais pas menti. J’ignorais qu’il serait autant délaissé mais on ne maîtrise pas toujours le temps dont on dispose et entre ma vie professionnelle, ma vie familiale, ma vie militante, etc., je suis appelé à effectuer des choix cruels.

C’est pourquoi j’ai toujours trouvé amusant de me voir catégorisé dans les « blogs politiques colombiens » même s’il est effectivement souvent (enfin, proportionnellement, plutôt) question de politique ici. La plupart du temps, quand j’interviens ici pour commenter la vie politique, nationale ou municipale, c’est pour exprimer un sentiment individuel qui me tient à cœur. Et puis je m’amuse ensuite à publier une photo de ma fille ou une terrrrrrible vidéo réalisée par mes enfants et leurs amis. (Réjouissez-vous, le cru 2010, c’est pour bientôt.)

Je voulais faire un billet ici, juste après les festivités du 14 juillet à Colombes, pour dire ce que j’en avais pensé : la formule, copiée quasi à l’identique sur celle de l’année précédente, mais, ma foi, plutôt convaincante (ne pas céder à la facilité, toutefois), le feu d’artifice, très réussi, et puis aussi la simplicité avec laquelle les élus s’étaient mêlés à la population, avec ce qui m’a semblé une évidente proximité. Le maire et son équipe était à table comme d’autres citoyens, accessibles, simplement là et faisant la fête avec les autres. J’ai vu ensuite Philippe Sarre danser le rock’n roll avec Élisabeth Choquet (de mémoire : j’avais pris quelques clichés de paparazzi improvisé, mais impossible de remettre la main dessus). Oh ! Il n’est pas impossible qu’il y ait dans cette prestation un zeste de « com’ », mais bien malin qui peut faire la part des choses entre l’élu en représentation et l’homme se trémoussant aux rythmes irrésistibles de l’orchestre ! Côté communication ou communion, à droite en revanche, je n’ai aperçu qu’Olivier Camp-Vaquer sur place. Les autres ne devaient pas ce sentir concernés par cette célébration nationale et locale à la fois (je suis près à faire amende honorable et ajouter les erratums qui vont bien si j’ai – sans malice aucune – passé sous silence la présence d’autres élus ou « notables » de l’opposition).

* * *

Depuis samedi, Philippe et moi avons un nouveau point commun. Lui et moi avons donc (et sans doute avec nous quelques dizaines ou centaines de Colombiens, certainement) perdu notre père cette année.

Dans des circonstances assez extraordinaires (au sens littéral, ce qui les rend d’autant plus tragiques), mon père Yves a en effet été victime d’un accident sur la voie publique en Corse où il entamait avec ma mère ses vacances. Un fait divers dans la PQR. Un fait nettement moins divers dans la vie d’une famille (et même, par extension, pour quelques autres impliquées de près ou de loin dans l’accident).

Je trouve assez singulier le fait qu’il soit question dans le tout premier article de ce blog de l’héritage paternel ! N’en déduisons pas hâtivement que la boucle est bouclée et que mon blog s’achèvera sur ce message…

J’étais ce dimanche sur les lieux du drame (oui, cette phrase fait un peu cliché je vous le concède) et je me suis un instant recueilli sur place. Les voitures étaient rares, le village éloigné de quelques centaines de mètres, le soleil corse cognait dru, les cigales s’en donnaient à cœur joie pour constituer la seule bande son de cet environnement paisible, l’air était chargé de toutes les odeurs de la Méditerranée.
Je veux croire qu’hormis la seconde (deux tout au plus) de frayeur durant laquelle tout s’est joué, c’est de ce splendide panorama qu’aura joui mon père aux dernières heures de sa vie, et je me suis dit que, oui, c’était tout de même un bel endroit pour mourir.

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Illustration : Callevale, 1er août 2010, 16h41

F[r]êche

Cher (et rare – j’entends par là : précieux, évidemment !) lecteur, tu me reprocheras avec raison la rareté de mes interventions ici. Déjà à sa création, le rythme n’était pas très soutenu, mais là, ça bat des records. Je ne peux que plaider coupable. J’avance au jury, comme circonstance atténuante, le fait que j’ai démarré en janvier un nouveau boulot qui absorbe beaucoup de mon énergie.

Je ne romps pas le silence pour vous présenter mes excuses mais quelques pensées en vrac inspirées par le cas « Frêche » en Septimanie Languedoc-Roussillon.

  • L’héritage Hollande (encore !) : combien de dérapages faut-il pour « raisonnablement » (?) exclure un membre du parti ? Frêche est un multi-récidiviste, et on se souvient que c’est sous le règne de François Hollande que le premier rappel à l’ordre a tant tardé à sonner.
  • Ça n’est pas qu’une histoire de discipline de parti, encore moins d’un affrontement Paris versus le reste de la France (comme on l’entend dans les médias). Faut-il être parigo (tête de veau) pour trouver déplaisants les propos de Frêche sur les Harkis ? J’ose espérer que non. Preuve en est d’ailleurs que, localement, les habituels partis alliés du PS ont refusé l’alliance avec Frêche.
  • Un homme politique ne se mesure pas qu’à l’aune des réformes qu’il entreprend. Le bilan est globalement bon (ce qui explique d’ailleurs une nette avance dans les intentions de vote), mais faut-il, pour l’atteindre, des méthodes autocratiques (qui sont le principal travers de Frêche, car c’est un système permanent alors que ses propos créant la polémique restent – heureusement – occasionnels) et un caractère de cochon ?
  • Le PS, comme les autres partis d’élus, a du mal avec le renouvellement. Georges Frêche a 71 ans (rappelons-nous que le PS défend encore officiellement la retraite à 60 ans !), il est élu depuis plus de 33 ans. Pour le déboulonner (puisque c’est bien de ça qu’il s’agit), le PS met face à lui Hélène Mandroux, une femme (ahhh !) de … 69 ans (ohhhh…). Les « quadras » du PS qui voulaient botter le cul aux éléphants du parti sont désormais « quinquas » et, à mon avis, pas très bien partis aujourd’hui pour les effacer du paysage en 2012 (qui vivra verra).
  • Alliance avec les Verts : une occasion ratée ? Jusqu’où est prêt à aller le PS pour déboulonner son cacique septimaniaque ? Faire basculer la région à droite, sans doute. Partager la région avec les Verts, apparemment pas. (Faut dire que Jean-Louis Roumegas n’est pas des plus charismatiques — mais quand même, c’est un quadra, lui.) Nous verrons bien les résultats du premier tour, mais en partant séparément, les chances de passer au second pour une alliance de gauche sans Frêche sont minces comme du papier à cigarette.

* * *

Quelques infos sur l’élection 2010 en Languedoc-Roussillon sur le site Wikipédia.

Aveuglement

Hier matin, François Hollande était l’invité du 7/10 sur France Inter à l’occasion de la sortie de son livre Droit d’inventaire.

Je ne l’écoute pas religieusement, car le matin à la maison, entre trouver l’énergie de se lever, prendre la douche salutaire pour l’émergence de l’esprit, réveiller les filles et surveiller qu’elles s’habillent, prennent leur petit déjeuner, se brossent les cheveux, se lavent les dents, ont préparé leurs affaires de classe et leur goûter, se raser (sans penser trop à la présidentielle) et j’en passe, on ne peut garantir 100 % de cerveau disponible.

Bref, tout ça pour dire qu’il y a sans doute des propos de François Hollande qui m’auront échappé. Mais de ce que j’en ai retenu :

  1. « Vu l’état du PS aujourd’hui, je pense que j’ai été un bon premier secrétaire » (parce que « au PS on ne pense qu’à se bastonner donc si je n’avais pas été dans le consensus mou, ç’aurait été bien pire »).
  2. « Le PS a perdu en 2007 parce que je n’étais pas candidat ». Donc « je me prépare pour 2012 ».

Je pense qu’il ne faut pas seulement renouveler les dirigeants à la tête du Parti Socialiste. Je m’aperçois qu’il est temps aussi de renouveler également les conseillers politiques, ceux qui, dans l’ombre, sont capables de laisser ces hommes et femmes politiques égarés tenir des raisonnements aussi absurdes et déconnectés de la réalité.

Au suivant !

Participe hâtif

Puisque le fait que je sois webmestre du site PS de Colombes est un secret de polichinelle (et, par là-même socialiste — ouh la ! mon Dieu, que révèlé-je là ?!), il me semble qu’à ce double titre, j’ai une certaine légitimité à émettre quelques réflexions avisées sur l’affaire qui secoue depuis quelques jours le Landernau socialiste et/ou internautique, à savoir le nouveau site web de Désirs d’Avenir à 41 k€ (ouais, je parle en k€1 parce que je suis dans l’bizness).

En préalable, je signale que je tiens le rôle de webmaster comme bénévole (c’est à dire que je ne touche pas un centime pour ce travail) et amateur (parce que, même si je suis informaticien de profession, je ne suis pas spécialiste du web, juste un amateur éclairé).

  • Ceux qui raillent la très médiocre qualité du site en question, le jugent digne des années 90 finissantes, ont raison. Pourtant basé sur un moteur web moderne (on parle de CMS, et en l’occurrence de Joomla), il utilise un encodage (ISO-8859-1) qui tend à disparaître au profit du plus universel UTF-8, le code est truffé d’erreurs de syntaxe (on dit qu’il n’est pas valide et il existe des tas d’outils gratuit pour le vérifier). Sur la page d’accueil, on pourra constater que les menus ne sont pas tous centrés, qu’ils sont dans des polices de taille différente (ce qui produit un effet visuel déplorable), et puis en creusant, on constate que des liens ne fonctionnent pas, etc. Je vous laisse cliquer sur le web pour trouver mille articles plus détaillés que le mien.
  • On est évidemment en droit d’être choqué par le contraste entre la qualité très médiocre du site et le prix annoncé pour sa réalisation, plus de 40 000 euros, quand les tarifs habituels pour un site de complexité moyenne sont environ 4 à 8 fois moins élevés (si vous êtes sympa, vous trouverez même des webdesigners qui vous feront un truc pas si mal pour 1000 ou 2000 euros).
  • À moins d’être très naïf, on ne sera pas trop surpris d’apprendre que c’est un copain de Ségolène Royal qui a empoché le juteux marché (encore que j’ai lu – mais pas vérifié – que Pierre Bergé, riche mécène de Désirs d’Avenir, a annoncé qu’il refusait de payer la facture). Si j’étais webmestre dans l’écurie Royal, je crois que je serais très en colère et dépité que, sur ce sujet-là, on n’ait pas été plus « participatif ».
  • Ce que je trouve assez lamentable, en tout cas, c’est que Ségolène se plaigne d’un lynchage médiatique. Faut dire que quand on se retrouve prise en flagrant délit de copinage doublé d’incompétence, jouer les victimes peut faire figure de ligne de défense. Mais les hommes politiques (de tout bord) ne sont pas très doués pour les mea culpa.
  • Pour finir, je conseille à tous les webmestres débutants (parce que je suppose que les pro n’ont pas besoin de mes conseils) de Colombes ou d’ailleurs de se munir des outils suivants :
    1. le navigateur Firefox
    2. son extension Firebug (qui permet la mise au point des feuilles de style de manière remarquable)
    3. son autre extension HTML Validator (qui permet de vérifier instantanément le respect des normes syntaxiques du code)
    4. et également un outil permettant de tester « en local » le site qu’on développe, avant de le publier en ligne (par exemple WAMP, MAMP, etc.)

Hop ! Au boulot !

  1. Toi aussi, parle comme un trader ! 1 k€ = 1 kilo euro = 1000 €. Demain, nous parlerons des M€. []

Européennes : des Verts et désamours

La particularité de l’élection européenne est la multiplicité des niveaux auxquels elle peut être lue. Au niveau européen, tout d’abord, puisque l’assemblée qui vient d’être élue dépasse très largement notre frontière française. Et puis au niveau national, au niveau « régional » (puisque le scrutin français est découpé en 8 grandes circonscriptions), au niveau départemental et enfin au niveau municipal. Certains experts iront jusqu’à analyser le résultat bureau par bureau – et après tout, pourquoi pas, même européenne, une élection est aussi un travail de terrain pour les forces politiques qui s’affrontent (j’en profite pour signaler que Cannabis sans frontières n’a pas daigné m’apporter ni tract ni échantillon gratuit dans ma boîte aux lettres, quelle campagne pathétique !).

Ben pas de chance cette fois-ci parce que quel que soit le niveau observé, les résultats ne sont pas très réjouissants pour le militant socialiste que je suis (mince, je crois que j’ai lâché un scoop !).

La nouvelle assemblée européenne

Commençons par le plus important. Au niveau européen, c’est globalement une progression des forces de droite. Certes, cette situation est, peu ou prou, la résultante de situations nationales disparates mais la macro-analyse (je ne suis pas assez spécialiste pour vous présenter quelque chose de plus étayé) montre que, généralement, la droite au pouvoir n’est pas sanctionnée, au contraire (Pologne, Allemagne, Italie, …) alors que la gauche au pouvoir l’est plus ou moins virulemment (Angleterre, Espagne…). Il y a des exceptions, comme en Suède ou en Grèce mais au finale, les principales coalitions de droite européennes (Parti Populaire Européen et Démocrates Européens) auront une confortable avance sur les coalitions de gauche/centre gauche. Il est vrai que le mode de fonctionnement très spécifique des institutions européennes fait que cette simple grille de lecture gauche vs. droite n’est pas suffisante pour analyser chaque vote (gauche et droite pouvant défendre ensemble des intérêts nationaux, etc.), il n’empêche qu’entre une Europe plus sociale et une Europe plus économiquement libérale, le choix a été fait. Continuer la lecture de « Européennes : des Verts et désamours »

Hadopi…teuse

J’aurais voulu vous dire ce que je pensais du projet de loi Hadopi (du mal, essentiellement !), de l’épisode gaguesque de son premier rejet au parlement grâce au petit coup de force du PS, qui n’aura fait que repousser un peu l’adoption de la loi (qui repasse aujourd’hui devant le parlement). On se souvient que la droite avait joué le même coup pendable à « la gauche plurielle » (– Souvenez-vous ! avec la voix de Michel Drucker) à l’occasion du PACS, finalement adopté (on notera au passage le contraste saisissant entre les projets sociétaux défendus par la gauche et la droite).

J’aurais voulu vous balancer une palanquée de liens permettant d’éclairer (si besoin était) votre jugement, sur tous les travers de cette loi :

  • qui, paradoxalement, accroît le sentiment d’impunité du téléchargeur illégal puisqu’il le met à l’abri (contrairement à la situation actuelle) de toute sanction tant qu’il n’a pas reçu le fameux courriel d’avertisssement ;
  • qui laisse craindre toutes les dérives liberticides par ce qu’elle implique en terme de surveillance du réseau ;
  • qui est en contradiction avec les directives européennes (« oui mais on veut la faire passer quand même, na ! ») et qui révèle, comme le dit Jules, l’impréparation de ceux qui la promeuvent ;
  • qui ne prévoit rien pour la rémunération des ayants droits (ce qui est quand même assez délirant, puisque c’est le cœur du problème !) au point qu’une pétition circule, lancée par certaines pointures du cinéma ;
  • bref, qui ne fera plaisir qu’au lobby des majors.

J’aurais voulu aussi vous dire pourquoi la license globale me paraissait la solution la plus pragmatique (même si on trouvera toujours des gens pour râler, il est clair qu’aucune solution n’est parfaite) à la fois en terme de libertés individuelles, d’adaptation aux usages constatés et à la conception d’Internet comme un espace a priori de liberté (ce qui n’interdit pas la règlementation) et non de flicage, et de rémunération des ayants droits (en prenant soin de n’oublier personne : musique, cinéma, jeux vidéos, …).

Mais je n’ai pas le temps.

Allez, encore un petit lien pour rire : chez Maître Éolas, à propos de quelques âneries lâchées par Besson (Luc, pas Éric).

His name is Lucas

Sans surprise, c’est Bernard Lucas qui a été élu hier soir conseiller général du canton Nord-Ouest de Colombes avec 59,74 % des suffrages exprimés.

Poussée très très timide de la participation qui progresse d’environ 1 point (environ 110 voix). Augmentation du vote blanc/nul (+ 30 votes) peu surprenant pour un second tour.

Que penser de ce résultat ? Si Bernard Lucas remporte sans souci cette élection partielle, on peut toutefois être un peu déçu de son score pas tout à fait au niveau de ce que laisser espérer le premier tour. La mobilisation au second tour aura plutôt profité à Lionnel Rainfray qui fait ses meilleurs scores là où la participation est (toutes proportions gardées) plus forte ; le report de voix à gauche, quant à lui, n’aura pas été excellent.

Toujours à l’affut d’un jeu de mot foireux, j’aurais voulu titrer ce billet « Lucas : carton ! » mais ça sera pour une autre fois !

Le rapport de force gauche/droite affiché sur le canton (60/40) se rapproche de celui observé en 1998 et n’offre pas à la droite beaucoup de raisons d’espérer un rapide retournement de situation. Reste à Bernard Lucas et à sa suppléante Nora Djebbari le soin de travailler pendant deux ans sur les dossiers du canton, à montrer que leur action est pertinente en dépit d’une majorité UMP au Conseil Général pour « confirmer » en 2011 dans le cadre d’une élection générale pour laquelle le taux de participation, espérons-le, permettra des analyses moins aléatoires.

Moment civique, moment politique

Les jours d’élection ont toujours été, pour moi, des moments à part, intenses, importants. Probablement, certainement même, l’engagement de mes parents y est pour quelque chose. Je ne sais plus à quel âge j’ai commencé à accompagner ma mère ou mon père au bureau de vote, observant le protocole, la remise de l’enveloppe, les bulletins de vote, le passage dans l’isoloir et le résonnant « A voté ! » qui ponctue le cérémonial, tout cela m’excitait et j’attendais avec impatience le moment où, à mon tour, j’allais pouvoir passer dans l’isoloir pour accomplir mon « devoir civique ». Je n’ai jamais raté une élection, votant quand je le pouvais, établissant une procuration dans le cas contraire.

Ma défiance vis-à-vis du vote électronique, je la dois certes à ma qualité d’ingénieur informaticien, qui sait combien il est facile de détourner un programme (même si le logiciel des machines à voter est protégé par de nombreux dispositifs, même si le vote papier ne prémunit pas non plus de la fraude), mais je la dois aussi à mon attachement presque fétichiste à ces enveloppes remplies de bulletins. Mon premier vote s’est suivi, quelques heures plus tard, de mon premier dépouillement occupé, comme scrutateur, à ouvrir les enveloppes, déplier des bulletins, énoncer le nom du candidat ou de la liste, dessiner les petits bâtons correspondants, les décompter, les recompter, les totaliser, les pourcentiser, tandis qu’autour de nous bruissaient les estimations glanées à la radio ou à la télévision (je suis un vieux croûton : du temps de mes premiers suffrages, le téléphone portable n’existait pas encore. Désormais, on connaît parfois les résultats avant même d’avoir ouvert la première enveloppe). Après quoi, tout le monde fonçait à la mairie pour connaître les résultats de la ville entière. Continuer la lecture de « Moment civique, moment politique »

Mordre 2009 à pleines dents !

Dans un billet récent de son Standblog, Tristan Nitot, grand zélateur français de la fondation Mozilla qui promeut l’excellent navigateur « libre » Firefox s’interrogeait sur les résolutions de chacun pour essayer, cette année, de consommer moins (ou mieux) ainsi que sur les objets en notre possession depuis de nombreuses années.

J’ai 41 ans et je n’ai jamais acheté dans ma vie qu’une seule voiture (en 1999) : tant que j’ai pu vivre sans, j’ai vécu sans. J’exagère ! Je pourrais toujours vivre sans, mais il faut reconnaître que lorsque l’on a des enfants et que l’on vit en banlieue, la voiture rend de nombreux services. Pendant longtemps, j’allais à l’hypermarché le plus proche en transport en commun et je rentrais chargé comme un baudet avec de quoi tenir la semaine. Mais quand arrive le premier enfant et qu’aux courses du foyer s’additionnent les bouteilles d’eau (recyclables) des biberons et les couches-culottes (jetables), ça commence à tenir de la gageure.

Aujourd’hui encore, j’ai la chance de bosser pas loin de mon lieu de résidence ; je vais au bureau en vélo aussi souvent que possible (comme je le disais déjà dans un précédent billet consacré à l’écologie – je radote !). J’essaye de recycler autant que possible, l’écologie fait partie de mes préoccupations quotidiennes mais je n’en fais pas une priorité qui efface toutes les autres. Il m’arrive de consommer par plaisir. Informaticien, j’aime bien avoir des gadgets électroniques mais pour autant, je ne cherche pas à avoir toujours le dernier cri. Certes, un agenda électronique n’est pas indispensable, et un seul d’entre eux coûte bien plus cher que tous les agendas papiers qu’il permet de remplacer. J’en suis à mon 4ème, mais je n’en achète un nouveau que quand l’ancien est en panne (oui, c’est pas forcément très solide, ces trucs-là, et comme beaucoup de choses qu’on achète à notre époque, ça coûte moins cher à remplacer qu’à réparer).

  • J’ai donc le même PDA depuis 4 ans
  • J’ai la même voiture depuis 9 ans
  • J’ai la même femme depuis 15 ans (je suis vachement développement durable, dans ce domaine)
  • J’ai la même combinaison de ski depuis 20 ans
  • mais l’objet manufacturé que j’ai depuis le plus longtemps, si je passe sur certains bouquins transmis de génération en génération (ainsi que certains doudous), c’est ce magnifique peigne probablement de la marque Country (Monoprix) que j’ai depuis mes 14 ans, âgé donc de 27 ans.
Un beau peigne en forme de lame de rasoir
Un beau peigne en forme de lame de rasoir

Je vous assure que je n’étais pas punk à cet âge !

Voyez, pas une seule de ses dents ne manque (on ne peut pas en dire autant de mes cheveux) !

* * *

À mes quelques lecteurs, je profite de ce billet pour leur souhaiter une excellente année 2009 !

Chemin des dames, chemin de croix

18 voix d’écart. Soit 0,013 % des suffrages exprimés.

C’est, à l’heure où je vous parle, ce qui sépare les deux candidates en lice pour le poste de Première Secrétaire du PS. Pour ceux que ça intéresse, j’ai récupéré le tableau PDF diffusé sur le site du Parti Socialiste et je l’ai transformé au format Excel, en repositionnant les formules et en corrigeant le résultat de la fédération de la Moselle qui a annoncé une erreur de 12 voix comptabilisées à tort en faveur de Martine Aubry, ce qui réduit donc encore un peu plus l’écart de 42 voix, déjà ridicule, annoncé ce matin.

Télécharger le fichier « election-ps-premiere-secretaire-2008.xls »

Le camp de Ségolène Royal crie au scandale, au trucage, réclame des nouvelles élections.
Pour eux, c’est effectivement la douche froide, tant ils étaient convaincus de la dynamique de victoire. Je discutais, au moment du vote, avec un camarade de ma section, je lui disais que ça serait sans doute serré (je ne m’attendais pas à un score si incertain). J’espérais la victoire de Martine Aubry mais n’avais aucune certitude. Lui était certain que Ségolène Royal arriverait largement en tête. Il est vrai qu’à chaque fois, le report des voix ne se faisait pas en suivant l’arithmétique des résultats. Le soutien raté de Bertrand Delanoë, au lendemain du congrès et non le jour-même, en son nom et pas au nom de sa motion, tout ça n’aura pas convaincu une large partie des électeurs de la motion A. J’attribue le report important des voix de la motion A vers la Ségolène Royal à ces trois facteurs :

  • Martine Aubry n’incarne pas le renouvellement aux yeux du plus grand nombre (et compte tenu du nombre d’éléphants PS qui la soutienne, c’est compréhensible – même si, j’en suis convaincu, elle l’incarnera, de gré ou de force !)
  • Martine Aubry s’est positionné sur une ligne politique plus « à gauche » que celle de la motion E. Ceci au moins pour pouvoir se rallier Benoît Hamon à qui, de toute façon, tout le monde fait de l’œil au PS !
  • Dans la motion de Martine Aubry, depuis sa contribution, il y a Laurent Fabius (très discret pendant toute cette campagne, d’ailleurs !), que beaucoup de militants ne peuvent pas blairer depuis sa prise de position sur le référendum européen qui a déchiré le parti. Personnellement, j’ai toujours pensé que cette position de Fabius était une position tactique et je lui en veux pour ça. Pour autant, je l’admire aussi pour son intelligence et ses talents réthoriques. Je me souviens de cette belle phrase qu’il avait sorti pendant la campagne de la présidentielle 2007 : « Le service public, c’est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas. » Classe, Laurent, classe !
    (Notons que ce troisième point est connexe du second.)

Je me doutais aussi que le report des voix de Benoît Hamon vers Aubry serait loin d’être mathématique. Deux raisons, au moins :

  • Toujours ce déficit d’image d’Aubry en matière de renouvellement.
  • Martine Aubry n’est sans doute pas jugée assez à gauche par la frange mélenchoniste (je dis ça pour simplifier) du parti qui ne sera pas allé voter au second tour.

J’ai entendu Manuel Valls, sur une vidéo postée par mon camarade Alexis Bachelay, parler d’obstruction contre cette pauvre Ségolène Royal. C’est quand même assez fandard d’entendre ça, quand on voit le matraquage pro-Ségolène auquel on a droit un peu partout notamment dans les médias (elle était encore ce soir au 20 heures sur TF1). J’ai fait l’exercice de regarder les couvertures du journal Libération (un journal de gauche, en principe, donc probablement beaucoup lu par les socialistes). Ségolène Royal figure trois fois en pleine page et quatre fois en vignette. Martine Aubry, euh… attendez je la cherche, euh… ah ben non. Zéro fois.

Il paraît que Ségolène Royal est l’ennemie préféré de Nicolas Sarkozy (et dois-je préciser que contre ce candidat qui incarnait déjà bien avant sa candidature une droite dure – il me semble que jamais on avait eu un candidat susciter autant de répulsion – elle n’a fait que 46 %), et la mainmise de Sarkozy sur les médias a été souvent dénoncée.
Bon, je n’insisterai pas sur ce point, je ne voudrais pas tenir des propos trop politiciens.

Mais pour moi, l’obstruction ne se ressent pas dans le camp qui la dénonce.
Quand j’entends le camp Royal qui réclame de nouvelles élections, je pense qu’il espère surtout pouvoir profiter de ce délai supplémentaire pour faire encore un peu plus de tapage, un peu plus de propagande, un peu plus de promesses démagogues « on va rembourser les pauvres adhérents en retard sur leurs cotisations pour qu’ils puissent voter (sous-entendu : pour moi) », « on va déménager le PS de Solférino vers un quartier plus populaire » (mon QG à Raspail financé par Hermé, je le garde ?) et j’en passe ad nauseum.

Quand j’entends le camp Royal qui crie à la triche, je me demande : est-ce vraiment ce qu’on veut ? Mettre au grand jour toutes les petites magouilles du PS ? Expliquer au grand public comment un camp noyaute et verrouille une fédération ? Est-ce bien comme ça qu’on aide à reconstruire l’image du parti déjà salement écornée ?!
Dans les 16 fédérations (cf. tableau Excel) où une des deux finalistes fait plus de 70 % (j’ai fixé arbitrairement ce seuil comme étant celui au delà duquel la liberté de conscience ne me semblait pas très démocratiquement exprimée), 9 favorisent Royal contre 7 pour Aubry. (NB : Les 3 fédérations suivantes sont aussi royalistes.) 15106 voix pour Royal et 13325 pour Aubry.

Allez ! Organisons un nouveau vote et magouillons tous encore un bon coup pour être bien sûr, cette fois, d’élire le meilleur tricheur du parti le plus ridicule de France !

* * *

Un truc qu’il faudrait qu’on explique au bleu-bite que je suis, c’est avec quelle majorité la Première Secrétaire qui finira par être désignée officiellement (mardi, en principe) élue, attendu que le « parlement du PS » a déjà été élu le 6 novembre dernier en proportion du vote des motions (si l’on s’en tient aux « soutiens » exprimés des leaders des motions A, B, C et F, Martine Aubry qui aurait 25(A)+19(C)+24(D)+1(F) = 70 % des membres derrière elle, contre 1(B)+29(E)=30 % pour Ségolène Royal). Autrement dit, si Aubry est confirmée en tête (selon les résultats de l’élection qu’on considèrera comme démocratique au même titre que les précédentes, par pitié !), ça colle. Mais si c’est Ségolène Royal ???