Écologie de bouts de chandelles

Avec le matraquage qu’on subit de toute part sur le sujet (loin de moi l’idée de le trouver inutile), le citoyen moyen qui ne se sent pas un minimum concerné par le développement durable est soit sourd, muet et aveugle, soit d’un égoïsme sans nom auquel cas j’espère qu’il ne lit pas Nombril.net, le vilain. Ouste ! Hors de mon blog, Satan.

Je ne crois pas être exemplaire dans ce domaine ; j’essaye de prendre mon vélo autant que possible, mais il m’arrive de prendre ma voiture seul dans certaines circonstances parce que ce sera plus simple que d’emprunter les transports en commun. Je trie autant que possible mes déchets, sans porter d’attention très particulière à l’emballage des produits que j’achète. Bien que je sois au courant de la question.

J’ai constaté, lors de mes dernières courses, que les navettes que j’achète pour les goûters de mes filles étaient désormais sur-emballées dans un sachet individuel. Ça ne m’aurait pas forcément traumatisé si ma fille ne consommait pas ses navettes fourrées au Nut à la pâte chocolatée. Résultat : pour préparer son goûter, je déchire l’emballage individuel, je fourre de chocolat, je réemballe le tout avec du papier alu tout en me disant que je suis un bourreau de la planète.

Le mensuel Que Choisir dénonce régulièrement le sur-emballage, plein de marques se donnent bonne conscience à coup de publicité mais le marketing continue de prescrire aux industriels de l’alimentaire de tout emballer individuellement pour emballer les individus consommateurs.

À mon sens, le geste écologique « au quotidien » passe par deux axes essentiels :

  • L’information : parce que le consommateur ne fera le geste efficace que s’il en a la connaissance (ben non, l’écologie n’est pas toujours innée même si parfois le bon sens suffit)
  • La simplicité : parce que le consommateur (lambda, celui qui n’est pas capable d’une abnégation démesurée) ne fera le geste utile que s’il n’est pas trop pénible.

Un bon exemple, c’est le tri des déchets. Hormis pour le verre (parce que la collecte de verre a été mise en place bien avant le tri sélectif, les habitudes sont donc plus anciennes), je n’ai commencé à faire du tri sélectif qu’à partir du jour où, enfin !, j’ai trouvé dans mon hyper un modèle de poubelle compartimentée qui s’adaptait à l’espace dont je disposais dans ma cuisine. Mon « envie » de trier (envie est un peu exagéré, mais il faut reconnaître que ça n’a rien d’épuisant de viser le bac de gauche ou le bac de droite quand on jette un déchet) a donc été freinée par la mise à disposition de l’équipement qui me faciliterait la tâche.

Mais ne croyez pas que ce soit si simple. Dans la rue, les poubelles recyclables et non recyclables n’ont pas le même « code couleur ». Jaune pour le recyclable, vert pour le non recyclable. Mais pour la maison, les industriels (au sein d’une même marque, sauf erreur de ma part) ne proposent pas de sacs poubelles de couleur distinctes (à modèle identique). Mettons que je prenne des poubelles 20L de la marque X et du modèle Y, elles seront toutes bleues (ou noires, ou vertes…). Donc, quiconque (un invité, un parent) qui entre dans ma cuisine pour y jeter un truc ne saura pas facilement où jeter son truc.

— Jérôme, le recyclable, c’est à gauche ou à droite ?!

Mais ne croyez pas que ça soit si simple. Quand j’ai déménagé de Paris à Colombes, le bac recyclable n’acceptait pas les mêmes déchets. Par exemple (et j’avoue que c’est surprenant), on ne peut pas mettre de sac en plastique dans les poubelles recyclables colombiennes alors qu’à Paris, si ! Et vu le nombre de films plastiques qu’on manipule, c’est bien dommage (j’invite à l’occasion la nouvelle majorité à se pencher sur la question : serait-il possible d’étendre le spectre des déchets recyclables ? Le choix des industriels – et le cahier des charges qui va avec – chargés du recyclage dépend-il de la commune ? d’une communauté d’agglomérations ? …)

Mais ne croyez pas que ça soit si simple. J’ai appris assez tardivement que les déchets gras n’étaient pas recyclables. Donc, la bouteille d’eau en plastique, au bac recyclage, mais la bouteille de yaourt à boire, nan. Dans la poubelle recyclable où je peux mettre journaux et cartons, jusqu’à quelle taille est-ce recyclé ? Puis-je mettre une enveloppe ? Une chute de carton ? Mon geste que je crois écologique, n’est-il pas contre-productif à cause de l’énergie qui va être nécessaire pour l’écarter de la chaîne de tri ? Je n’en sais rien. J’ai juste entendu qu’une grande partie des déchets mis dans la poubelle recyclable n’étaient, en fin de compte, pas recyclés.

Mais ne croyez pas que ça soit si simple. Prenons un pot de verre qui contenait un yaourt. Pour faciliter le recyclage, vaut-il mieux que je le lave (NB : j’ai un lave-vaisselle, ce qui consomme moins qu’un lavage manuel), que je le jette tel quel dans le bac à verre ou que je ne le recycle pas, parce que le lavage gaspillera plus d’énergie que le recyclage n’en fera gagner ? Là non plus, je n’en sais rien.

pas facile, l\'écologie

Bref, en matière d’information et de simplicité, il y a encore un travail … durable !

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L’illustration conceptuelle est de l’auteur, à base de recyclage de deux images glanées sur le net.

2 réflexions sur « Écologie de bouts de chandelles »

  1. C’est bizarre, parce que dans mon immeuble, il y a trois couleurs de bennes dont une bicolore :

    benne verte : pour le verre
    benne bleue et jaune : pour le papier et les emballages recyclables
    benne marron : pour tout le reste (non recyclable)
    Ceci étant dit, je partage votre proposition d’étendre le spectre de ce qui pourrait être recyclable. A Paris par exemple (j’y travaille),  on peut également déposer les petits appareils électroménagers dans la benne à emballages recyclables. Donc, lorsque l’occasion se présente, et alors que je ne pourrai pas le recycler à Colombes (n’ayant pas « d’information » sur une quelconque procédure prévue localement avec « simplicité »), je prends mon bidule sous le bras et hop ! je le mets dans le bac prévu à cet effet dans le local à poubelles à mon bureau.

    En complément de votre très bon billet, je suggère que l’on puisse recycler désormais à Colombes les piles et les batteries de toutes sortes (téléphone, ordinateur, montre, voiture…) et les petits appareils électroménagers. Si c’était possible, ça serait bien qu’on puisse également recycler les sacs plastiques et les contenants en plastique non rigide et je pense plus particulièrement aux pots de yaourt. On le fait en Allemagne depuis longtemps, pourquoi pas nous ?

    Et puis j’ai aussi une marotte : notre ville a besoin d’un véritable Plan poubelles.

    ca fait plaisir de lire qu’on n’a pas été seul à marquer le coup – même de façon simplement virtuelle – à l’occasion de la Journée mondiale de l’Environnement.

  2. Je me suis un peu planté dans les couleurs de poubelles (je rectifierai) mais l’idée, ce serait d’avoir des sacs en accord avec le code couleur de la benne (pour Paris, dans le métro, il me semble que c’est vert/jaune, comme je l’avais mis dans mon article, mais pour les bennes c’est différents).
    Pour la journée de l’environnement, j’ignorais totalement que c’était aujourd’hui, le sujet me démangeait depuis un moment et c’est surtout de temps que je manquais pour le poser sur un clavier.

    J’ai cité les sacs plastiques recyclables à Paris, mais pour le petit électroménager, c’est la même chose ! J’aimerais bien recycler plus, si c’était plus facile.
    Pour les piles, une collecte a été mise en place dans l’école de mes filles et c’est une excellente idée : on a pu y déverser notre petit stock qui menaçait de déborder parce que je ne pense jamais à l’embarquer quand je pars faire les courses.

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